Des serpents marins devenus noirs en réponse à la pollution

Une enseignante-chercheuse de l’Université de la Nouvelle-Calédonie vient de publier un article scientifique mettant en évidence l’adaptation des serpents marins dans des zones polluées. Les serpents à tête de tortue (Emydocephalus annulatus) sont majoritairement noirs dans les baies de Nouméa parce que les individus qui produisent davantage de mélanine sont avantagés par rapport aux autres. En effet, la mélanine fixe dans la peau les métaux lourds absorbés et permet ainsi aux serpents d’éliminer les polluants au moment de leurs mues.

Pollution et sélection naturelle : le mélanisme industriel
Ces travaux de recherche sont un nouvel exemple de sélection naturelle. À l’époque de la révolution industrielle, en Grande Bretagne, les collectionneurs de papillons s’aperçoivent que les phalènes du bouleau, habituellement grises, sont de plus en plus souvent noires. Les papillons aux ailes noires se confondent alors avec les troncs noircis par la pollution et échappent à leurs prédateurs.
Ce phénomène est appelé mélanisme industriel. C’est le premier exemple visible d’évolution par sélection naturelle depuis que Darwin a publié « L’origine des espèces ».

Des pigeons parisiens aux serpents calédoniens
En 2014, une doctorante de l’Université Pierre et Marie Curie publie un article montrant que les pigeons avaient le plumage plus foncé lorsqu’ils vivaient à Paris que lorsqu’ils vivaient à la campagne. Ainsi, quand les pigeons sont soumis à la pollution, ils produisent de la mélanine qui, en plus de foncer leur plumage, présente l’avantage de fixer les métaux lourds. Les pigeons peuvent alors éliminer la pollution absorbée en changeant de plumage.
À la lecture de cet article, Claire Goiran, enseignante-chercheuse de l’Université de la Nouvelle-Calédonie (ISEA, Labex Corail) fait le lien avec nos serpents marins. 95 % de la population des serpents à tête de tortue (Emydocephalus annulatus) sont entièrement noirs à la Baie des citrons alors qu’ils sont normalement rayés ou tachetés.

Et si ces serpents avaient intérêt à être noirs pour éliminer les polluants absorbés ?
C’est cette hypothèse que la chercheuse de l’UNC a testé pendant deux ans avec Rick Shine de l’Université de Sydney et Paco Bustamente de l’Université de la Rochelle. L’équipe a notamment démontré que dans les mues de serpents marins, les écailles noires contiennent plus d’éléments chimiques toxiques que les écailles claires. Cela confirme l’hypothèse initiale : la mélanine contenue dans la peau des serpents fixe les métaux lourds, permettant ainsi aux animaux marins d’éliminer les polluants au moment de leur mue.

Mieux suivre la pollution marine grâce à la recherche
Si ces travaux permettent de mieux comprendre le phénomène d’adaptation des serpents marins à la dégradation de leur milieu naturel, ils ouvrent aussi la voie à des applications concrètes : les mues de serpents de mer pourraient être des indicateurs de la pollution marine. La méthode de suivi environnemental présenterait l’avantage d’être peu chère et non invasive.

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L’article est accessible sur le site du journal.

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Crédits photos : Claire Goiran

Dr Claire Goiran
ico-tel290 381
adresseUniversité de la Nouvelle-Calédonie et LabEx Corail
BP R4
98851 Nouméa Cedex

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